Quelles sont les règles pour reprendre son logement ?
Un propriétaire peut donner congé à son locataire pour reprendre le logement à l’échéance du bail, dans le but d’y vivre lui-même ou d’y loger un proche (conjoint, enfant, parent…). Cette démarche est encadrée par la loi du 6 juillet 1989, article 15, qui impose des règles strictes et un formalisme précis.
| Étape | Délais à respecter | Documents ou formalités | Conseil pratique |
|---|---|---|---|
| Vérification du bail & situation du locataire | Avant tout envoi | Âge, ressources, statut protégé, échéance du bail | Contactez l’ADIL locale pour un premier avis gratuit |
| Rédaction du congé | 6 mois avant (vide) / 3 mois (meublé) | Lettre avec motif, bénéficiaire nommé, notice d’information officielle | Utilisez un modèle officiel et faites relire si besoin |
| Notification au locataire | Dès rédaction du congé | Lettre recommandée AR ou commissaire de justice | Prévoyez 7-8 mois pour anticiper un refus |
| Sortie du locataire | À l’échéance du bail | État des lieux, restitution du dépôt | Gardez des preuves écrites de tous les échanges |
| En cas de contestation | Procédure longue (8 à 39 mois dans certains cas) | Dossier solide, preuves d’occupation réelle | Préparez dès le départ un dossier probatoire complet |
Qui peut bénéficier de la reprise du logement ?
La reprise du logement est réservée au propriétaire pour y habiter en tant que résidence principale, ou à un proche expressément désigné : conjoint, partenaire de PACS, concubin notoire, ascendant ou descendant direct. Les beaux-parents et autres membres plus éloignés n’entrent pas dans ce cadre.
Dans le cas d’une SCI familiale (constituée uniquement entre parents et alliés proches), il est aussi possible de reprendre pour loger un associé, sous réserve de respecter les mêmes contraintes.
Si vous venez d’acheter, vous devez attendre au moins deux ans avant de donner congé pour reprise. Cette règle évite les « achats-expulsions » et protège les locataires contre les congés précipités.
Comment se déroule la procédure pour récupérer son logement ?
Débutez par vérifier la situation du locataire : âge, ressources, éventuel statut protégé. Les locataires de plus de 65 ans à faibles revenus bénéficient d’une protection renforcée, sauf exception (bailleur âgé ou modeste, ou relogement proposé).
Le congé doit être envoyé au moins 6 mois avant la fin du bail pour une location vide, 3 mois pour un meublé. Préférez la lettre recommandée avec accusé de réception ou l’acte d’un commissaire de justice (huissier), surtout pour les biens de grande valeur.
Le motif doit être clairement annoncé et le bénéficiaire nommé. Joignez la notice d’information officielle à votre courrier, c’est obligatoire depuis 2018.
En cas de désaccord ou contestation du locataire, saisissez le juge des contentieux de la protection. Constituez un dossier dès le début : preuves de votre intention d’habiter, attestations, factures, éléments de santé ou d’emploi.
Coûts, délais et pièges à éviter
Envisagez un budget de 2 000 à 7 000 € pour une procédure judiciaire (honoraires d’avocat, huissier, frais de justice). Ajoutez à cela les loyers que vous ne percevrez plus pendant toute la durée du litige, parfois plus d’un an dans les grandes villes.

Proposer une indemnité de départ (1 à 6 mois de loyer, soit 1 000 à 10 000 €) et une aide au déménagement se révèle souvent plus rapide et moins coûteux qu’un contentieux interminable.
Attention à la trêve hivernale : aucune expulsion ne peut avoir lieu entre le 1er novembre et le 31 mars, ce qui peut rallonger les délais de plusieurs mois.
Un congé frauduleux (fausse reprise, non-occupation réelle) expose à une amende jusqu’à 6 000 € et à des dommages et intérêts pour le locataire !
La revente d’un bien occupé engendre une décote de 10 à 20 % du prix, mais c’est parfois la meilleure solution si la reprise s’annonce trop compliquée.
Conseils pratiques pour réussir la reprise de son logement
Contactez le locataire bien en amont, par écrit et dans un esprit d’écoute. Expliquez votre projet et proposez d’emblée une aide au relogement ou une indemnité, cela fluidifie souvent la discussion.
Constituez un dossier dès l’origine : preuves de votre futur emménagement, justificatifs familiaux, photos, attestations d’employeur ou de médecin, devis de travaux si besoin.
En cas de locataire protégé (âge, ressources), préparez plusieurs offres de relogement sérieuses, dans la même zone et à un loyer compatible. Les juges sont très attentifs à la réalité de ces propositions.
Ne donnez jamais congé par email ou téléphone. Seule une notification formelle et écrite a valeur légale.
Si la reprise semble impossible (statut protégé, refus, ou situation tendue), renseignez-vous sur la vente occupée, la transformation en SCI familiale, ou la location à un membre de la famille.
Spécificités régionales et situations particulières
Dans les grandes villes et zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux…), les loyers élevés et la rareté des biens rendent la reprise complexe. Les juges exigent des preuves d’occupation plus strictes, et les délais judiciaires sont plus longs.
En Île-de-France, les plafonds de ressources protégées sont plus élevés, et les offres de relogement doivent être situées à moins de 5 km ou dans le même arrondissement.
En zone rurale ou dans les petites villes, les montants en jeu sont plus faibles, mais la négociation amiable avec le locataire est souvent plus facile et rapide.
Pour les logements très anciens (loi 1948, outre-mer), renseignez-vous sur les particularités locales : la reprise peut être encore plus difficile, ou nécessiter des démarches supplémentaires.
FAQ
Peut-on reprendre son logement avant la fin du bail ?
Non, la reprise pour habiter ne peut être engagée qu’à l’échéance du bail, même en cas de vente du bien. Il faut respecter un préavis de 6 mois (location vide) ou 3 mois (meublé).
Que faire si le locataire refuse de partir ?
Tentez une négociation amiable (indemnité, aide au relogement), puis saisissez le juge compétent avec un dossier complet. La justice peut prendre plusieurs mois ou années.
Qui est considéré comme locataire protégé ?
Toute personne de plus de 65 ans aux ressources modestes, ou hébergeant une telle personne, bénéficie d’une protection renforcée. Le bailleur doit alors être aussi âgé ou modeste, ou proposer un relogement équivalent.
Combien coûte une procédure de reprise ?
Entre 2 000 et 7 000 € pour les frais de justice et d’avocat, auxquels s’ajoutent les loyers non perçus pendant la procédure. Une solution amiable est souvent moins onéreuse.

